Comme nous l'avons vu dans des articles précédents pour le saut en hauteur sans élan, la sixte ou encore les courses de portanières, les trophées que nous rencontrons nous permettent parfois de redécouvrir des disciplines tombées dans l'oubli. C'est on ne peut plus vrai pour cette coupe, acquise lors de la même vente que les trophées d'escrime évoqués dans l'article précédent.
96.1 grammes d'argent à 900 ‰, une fabrication artisanale un peu bancale et une belle patine irisée
Le libellé en est assez énigmatique, voyez vous-même en gros plan :
Peking Paper Hunt - 1925-26
"Moonbeam" - 31st January 1926 - Heavy weight cup
Alors, on ne trouve pas grand chose concernant le Peking Paper Hunt sur Internet. Cependant, le poinçon chinois nous indique qu'il s'agit bien de Pékin orthographié à la mode du début XXᵉ siècle. De plus, il existe de nombreux témoignages sur un club sans doute similaire à Shanghai : le Shanghai Paper Hunt...
Je suis bien content de pouvoir vous raconter cette histoire par l'intermédiaire d'un clavier et d'un écran parce que franchement, si j'avais dû le faire en personne, je doute que j'aurais pu garder mon sérieux.
Ces clubs de Paper Hunts furent fondés dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle par des expatriés britanniques en Chine, adeptes de la chasse à courre. Malheureusement pour la pratique de cette noble discipline, la Chine manquait de gibier et il était de toute façon difficile d'entretenir des meutes de chiens de chasse comme en Angleterre. Pareil pour les chevaux... Alors, nos amis anglais décidèrent de s'adapter à la réalité locale : on désignait un des membres pour faire le gibier, il semait des morceaux de papier colorés pour simuler une trace olfactive et les membres de la chasse s'élançaient à sa poursuite sur des poneys chinois.
Inutile de dire que les Chinois, exclus de ces clubs comme on peut s'en douter, voyaient d'un œil assez circonspect des guignols sur des poneys pourchasser un des leurs à travers champs et rizières. Plusieurs témoignages relatent des actes d’obstruction paysanne : jets de pierres, bâtons brandis pour entraver la chasse… Les autorités chinoises du Grand Shanghai tentèrent même d’interdire ces activités en dehors des enclaves étrangères en 1929.
Il y a donc fort à parier que Moonbeam, un nom de cheval assez classique à l'époque (on trouve même une petite comptine dont le héros est un canasson s'appelant ainsi), ait été un des derniers champions de ce sport, vous en conviendrez, bien peu ordinaire.
Vous avez sous les yeux le premier (et sans doute le seul) article de ce blog rédigé par l'IA. Je lui ai un peu expliqué le contexte autour de cette coupe, nous avons fait quelques recherches sur les noms qui y apparaissent, je lui ai fait lire le blog et lui ai demandé de rédiger l'article dans le ton... Il insiste vraiment lourdement sur la sauvegarde du patrimoine, j'ai l'impression que j'en ai trop fait sur ce thème.
Une Coupe d’Escrime Sauvegardée de la Fonte – F. McPherson's, Mai 1914
Dans une vente aux enchères à Drouot, un lot de coupes en argent, souvent négligées ou reléguées à la fonte, a été sauvé par un collectionneur attentif. Parmi ces objets, une coupe en argent 900 ‰, pesant 141,20 g, a attiré une attention particulière. Gravée de la mention "Epée - F. McPherson's - Mai 14th 1914 - Presented by - H.R. Alexander", elle semble être un précieux témoignage de l’histoire de l’escrime anglaise au début du XXᵉ siècle.
Un mystérieux McPherson's
Au départ, la mention "F. McPherson's" a pu laisser penser que McPherson était le lauréat de la compétition, un grand champion de l’épée de cette époque. Mais une analyse plus approfondie a révélé que "F. McPherson's" n’était pas une personne, mais bien une institution. Le nom "McPherson" est en fait lié à une école d’escrime, probablement fondée par un certain professeur F. McPherson, dont nous avons retrouvé un article datant de 1914, où il est mentionné comme arbitre lors d’une compétition d’escrime disputée par ce qui semblait être son club de l'époque, la Bertrand's School of Arms de Londres. Il semble donc que l’école F. McPherson’s ait été un lieu de formation reconnu à l’époque, probablement dans le milieu londonien, et qu’elle organisait des compétitions régulièrement.
Extrait de l'Evening Mail du 11 mai 1914
Un mécène, H.R. Alexander
Une autre mention gravée sur la coupe est celle de "Presented by - H.R. Alexander". Ce nom pourrait bien correspondre à un mécène ou une personnalité associée à l’école d’escrime, sans doute une figure clé dans l’organisation de compétitions ou dans le soutien à l’école McPherson's. Cependant, à ce jour, aucune information précise sur H.R. Alexander n'a émergé dans les archives disponibles, bien qu'il soit fort probable qu'il ait joué un rôle de bienfaiteur ou d’organisateur dans le milieu de l’escrime de l’époque.
Les autres coupes retrouvées
La coupe en question n’était pas un objet isolé. En effet, dans un autre lot ont été retrouvées trois autres coupes plus petites, présentées comme des verres à liqueur et pesant chacune environ 28 grammes, toutes dédiées aux compétitions de fleuret. Ces coupes, gravées "McPherson's - February 1911 - Foils", "McPherson's - October 1911 - Foils" et "McPherson's - April 1913 - Foils", semblent témoigner d’une activité régulière au sein de l'école d’escrime, avec des compétitions qui se sont déroulées sur plusieurs années. Ces pièces, précieuses par leur histoire, ont été épargnées de la fonte et sauvées de l’oubli.
Les trois petites sœurs...
Une Pièce Sauvegardée de l’Oubli
La coupe d’épée F. McPherson's, sauvée de la fonte à Drouot, est désormais un témoin précieux du passé sportif et éducatif du Royaume-Uni. Elle symbolise non seulement l’histoire d’une école d’escrime et ses compétitions mais aussi la passion de collectionner et préserver des artefacts avant qu’ils ne soient effacés à jamais. Ces pièces retrouvées, riches de leur histoire, nous rappellent l’importance de sauver du passé ce qui a contribué à bâtir le présent.
En marge du premier article de notre série sur les médailles vues par l'angle de l'indignité des héritiers, nous avons trouvé quelques médailles inclassables, se rapportant au monde du travail, qui méritent un petit spin-off de l'article principal.
Tout d'abord, une médaille à la croisée de la médaille du travail et la médaille de récompense puisqu'elle a été décernée en 1932 à Marseille lors de la manifestation des Meilleurs Ouvriers de France lors de l'Exposition Régionale du Travail. Malheureusement, aucune trace dans aucun article de l'époque du lauréat Jean Guizot... On trouve juste un entrefilet dans le Petit Provençal du 22 juillet 1932 évoquant un concours de la section sculpture et moulage avec un deuxième prix pour Jean Guizat... Alors peut-être ?
Toujours la même rengaine... J'aurais un arrière-grand-père dont la seule trace serait un nom mal orthographié dans un journal local, aurais-je vendu sa médaille pour quelques dizaines d'euros ?
Ensuite, cette étrange médaille, semblant récompenser le lauréat d'un concours de bourrée (une danse auvergnate) organisée par le Syndicat des ouvriers tôliers... Heureusement, on a une date précise qui nous permet d'affiner nos recherches pour tenter de trouver une trace de ce bien singulier évènement...
Le premier prix du concours de bour[r]ée du syndicat des ouvriers tôliers du 6 mars 1897... Kamoulox ! 37 mm de diamètre pour 15.35 g d'argent.
Une première recherche ne donne rien, mais, en corrigeant la vilaine orthographe de la danse traditionnelle, on trouve une dizaine d'annonces de concours de valse et de bourrée, organisée notamment par des syndicats professionnels, ce qui permet de penser que l'activité était donc moins surprenante que de nos jours. Et c'est dans le très instructif journal L'Auvergnat de Paris, qui regorge de nouvelles du pays et d'annonces pour la cession de débits de boissons et de tabacs, que l'on trouve la trace de notre manifestation... On y apprend qu'outre les tenanciers de bars et les ramoneurs, la majorité des tôliers de la capitale étaient également originaires d'Auvergne, ce qui explique sans doute la bourrée.
Malheureusement, pas de nouvelles du concours après la manifestation ni donc de nom à rattacher à cette médaille. Faute de l'avoir gardé dans le giron familial, le lien est brisé à jamais. Merci les héritiers !
La vie de Robert Abdesselam, "plus captivante qu'un roman" d'après son biographe l'historien Michel Dreyfus, est retranscrite en détail dans sa page Wikipedia. Pour tenter de résumer, notons qu'il fut un champion de tennis junior et universitaire avant la guerre qui commença alors qu'il avait 19 ans. Combattant en Afrique du Nord et lors de la campagne d'Italie, il reprend le tennis à la Libération, est avocat et homme politique de premier rang puisqu'il est élu député dans sa ville natale, à Alger. Défenseur d'une Algérie française et intégrée, il échappe à un attentat nationaliste. Il occupe également des postes très importants dans les instances nationales et internationales du tennis.
Si l'on s'en tient à son palmarès sportif, qui constitue une petite facette de sa vie comme nous l'avons compris, Wikipedia note qu'il fut :
Champion de France junior en 1937 et 1938
Champion du monde universitaire en 1939
Sélectionné 14 fois en équipe de France de Coupe Davis de 1947 à 1953, notamment en tant que deuxième meilleur joueur français
Qu'il atteint 2 fois les huitièmes et une fois les quarts de finale de Roland-Garros (respectivement en 1938, 1947 et 1949), ainsi que les huitièmes de finale de Wimbledon en 1947...
Ce lot que nous avons déniché lors d'une vente parisienne nous permet de retracer plus en détail certaines de ses victoires, notamment au début de sa carrière. Ainsi, on peut déduire de ce sympathique ensemble de neuf médailles les éléments suivants :
Lauréat en simples homme de l'Omnium d'Alger 1934 (à 14 ans)
Vainqueur de la coupe du double de l'International Lawn-Tennis Club de France 1936
Vainqueur du championnat scolaire individuel simple du Comité de Paris 1936
Finaliste du championnat de France juniors double mixte en 1938
Champion de France par équipes masculine 1939 (dans l'équipe du RCF)
Deux médailles obtenues dans le cadre du IV Corps Tennis Milan 1945 et une dans le simple homme du championnat de la zone occupée par la 5ème armée. Des trophées militaires qui prouvent qu'il n'avait pas abandonné le tennis durant la campagne d'Italie...
Enfin, au moins finaliste du Championnat de Paris "Excellence 1ère série" en 1946
A voir si tous ces éléments sont présents dans la biographie sus-citée pour peut-être affiner quelques détails...
Sous prétexte de s'indigner du comportement d'héritiers indélicats bazardant leur patrimoine familial au prix du métal, cette série s'attachera à explorer les différentes catégories de médailles souvent rencontrées dans les lots destinés à la fonte.
Pour entamer la série, intéressons-nous aux médailles qui sont largement les plus fréquentes : les récompenses liées au monde professionnel.
Tout d'abord, bien évidemment, il y a l'incontournable médaille du travail. Une dizaine de grammes en argent pour récompenser de nombreuses années de vie professionnelle. Nombreuses, très bien, mais combien exactement me demanderez-vous. Et bien, cela dépend de l'année d’attribution de la récompense. La médaille du Travail telle que nous la connaissons de nos jours a été instaurée en 1948. Il existe 4 échelons (argent, vermeil, or et grand or) qui récompensent de nos jours (depuis 2000) respectivement 20, 30, 35 et 40 années de bons et loyaux services professionnels. Ces médailles présentent comme légende de revers : Ministère du Travail depuis 1974 (Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale avant). On remarquera que cette médaille s'est adaptée à son époque et que les critères d'attribution sont devenus de moins en moins exigeants en terme de temps de travail. Ainsi, les durées ont variées comme suit :
- De 1948 à 1974, il fallait travailler 25, 35, 45 et 55 ans pour atteindre les différents échelons.
- De 1974 à 1984, " " " " 25, 35, 43 et 48
- De 1984 à 2000, " " " " 20, 30, 38 et 43
- De 2000 à nos jours, " " " 20, 30, 35 et 40...
Cette version unifiée de 1948 a remplacé deux décorations antérieures : la médaille d'honneur du Ministère du Commerce et de l'Industrie (de 1886 à 1948, 4 échelons initiaux : bronze pour 30 ans, Argent pour 40 ans, Vermeil pour 50 ans et Or pour 60 ans ! Remplacés en 1893 par un échelon unique de 30 ans pour l'Argent jusqu'à l'introduction du Vermeil pour 50 ans en 1913) et la médaille d'honneur du Ministère du Travail et de la Prévoyance Sociale (de 1913 à 1948, 2 échelons : Argent pour 30 ans et Vermeil pour 50 ans)
Quelques exemples, auxquels on joint les médailles décernées à leurs employés par les Collectivités territoriales
En plus de ces récompenses officielles et universelles, de nombreux syndicats professionnels décernaient des récompenses pour les employés de leur secteur d'activité. Et le nombre des médailles retrouvées permet d'appréhender l'importance de certains secteurs économiques au siècle dernier. Ainsi, on retrouve beaucoup de médailles décernées par l’Éducation Nationale, les sociétés minières et métallurgiques, la chimie, les services publics, les collectivités locales...
Petit bestiaire ci-dessous :
L'Éducation Nationale de Corbin, les incontournables Société Industrielle de l'Est et Union des Industries Chimiques ou encore l'incroyable médaille en relief des Couvreurs de Paris...
Parmi d'autres, détails des médailles décernées pour les ouvriers de la Naphtachimie (bel objet de 80 mm pour 247.5 grammes d'argent) ou de la Société Industrielle du Nord de la France (37 mm, 30.4 g)...
Dans le même esprit, les notaires se voyaient décerner des grosses (60 mm pour environ 135 g) médailles en argent dont l'illustration changeait tous les ans. Probablement un genre de jeton de présence aux congrès annuels plus qu'une médaille du travail cependant
Enfin, le dernier niveau de récompense est celui décerné par les grandes entreprises elles-mêmes. On a vu ci-dessus certaines grandes employeurs publics, mais de prestigieuses entreprises privées n'hésitaient pas également à gratifier leurs employés les plus fidèles de magnifiques médailles en argent. On citera particulièrement les très belles médailles de la Compagnie Transatlantique.
Une magnifique médaille, ou une très belle plaque, en argent, de plus de 420 grammes, venaient récompenser une longue carrière à la Compagnie Générale Transatlantique...
Un autre exemple à la Banque Louis-Dreyfus, qui octroyait manifestement 3 échelons de médailles...
Alors, qu'en pensez-vous ? Si votre grand-père avait passé sa vie à travailler dans une mine du Nord, une usine pétrochimique, avait été instituteur dans le Lot, cheminot à Saint-Étienne ou honoré par la Compagnie Transatlantique pour avoir dirigé une agence pendant la majorité de sa vie, auriez-vous liquidé une médaille qui fut sans doute le plus beau symbole de son engagement et une de ses plus grandes fiertés, ou peut-on affirmer sans retenue que cette série "Héritiers indignes" porte bien son nom ?
Cette grosse (51 mm - 67.12 g) médaille en argent, au design pourtant très banal, a attiré mon attention à plusieurs titres.
Avers de Brenet, revers d'A. Bertrand... Du classique
Il s'agit d'une médaille émise par une compagnie d'assurances contre l'incendie à la fin du XIXe siècle, et la première chose remarquable est que cette compagnie, "l'Abeille", existe toujours de nos jours !
Surtout, cette médaille est un témoignage d'une pratique, qui, à ma connaissance, a disparu de nos jours mais était assez emblématique de la Belle Époque : elle a été offerte en récompense à des pompiers qui ont circoncis un incendie, permettant à l'assurance de réaliser de belles économies.
Si on trouve régulièrement des médailles émises par les (très) nombreuses compagnies d'assurance de l'époque, une dédicace aussi précise que celle de notre récente trouvailles est rarissime. On peut en effet y lire : "Aux Sapeurs-Pompiers de POIX (Somme) - Incendie du 9 Avril 1891".
Cela nous permet même, après quelques recherches d'archives, de retrouver la trace de l'évènement qui est ici évoqué. Oh, il ne s'agit pas d'un évènement historique d'importance, juste d'un fait-divers qui n'a laissé de trace que dans un journal local de l'époque, Le Progrès de la Somme daté du 11 avril 1891, où on en apprend plus sur le sinistre :
Vingt moutons, une batteuse, un stock de bois, quatre grange et leur contenu consumés par les flammes, et un probable pyromane dans la nature... Voici de quoi faire les choux gras du Progrès !
Il y a fort à parier que l'Abeille fait partie des compagnies d'assurance évoquées, et que la dépense d'une médaille (qui compte environ 14 francs de métal au cours de l'époque) est un bien rentable investissement à mettre en regard des 40.000 francs de dégâts, si de telles initiatives étaient de nature à motiver les pompiers à faire preuve de zèle et de diligence, ce qui fut d'après notre journaliste le cas à Poix.
PS : quelques autres exemples de médailles qui, d'après leurs illustrations, sont sans doute de même nature pour d'autres compagnies...
Acquise au prix de son poids en or, cette épatante gourmette a sans doute appartenu à l'athlète Séraphin dit Séra Martin.
Recto et verso
Une visite de sa page Wikipedia vous apprendra que ce sociétaire du Stade Français a participé à deux finales olympiques du 800 mètres, a remporté quatre titres de champion de France en demi-fond et amélioré un record du monde et quelques records de France...
On remarque notamment trois médailles offertes par le Stade Français, la première décernée en 1967 récompensant sans doute l'ensemble de sa carrière, une médaille éditée pour célébrer le record du monde du 800 mètres en 1928 [établit le 14 juillet lors du Championnat de France, en 1 min 50 s 6] et la troisième qui lui fut remise à l'occasion du record de France du 19 septembre 1926 [il s'agit du premier des trois records de France établis sur 800 mètres par Séra Martin, à Colombes, en 1 min 53 s 4].
Une jolie médaille émaillée aux couleurs des fanions français, italien et suisse vient récompenser la victoire de Séra Martin dans la course du 800 mètres du match international France-Italie-Suisse du 10 juin 1926.
Le résumé de la course dans le journal l'Auto du lendemain
La photo de la ligne d'arrivée sur la piste cendrée de Colombes
Et enfin, la médaille centrale est un peu plus énigmatique, la légende affichant : The Meadowbrook Club of Phila. - Mead. 660 - 1931.
On retrouve rapidement sur Internet une médaille assez similaire et l'information selon laquelle la club émetteur de la médaille, situé à Philadelphie, organisait régulièrement une réunion d'athlétisme en salle de toute première importance, équivalent de nos jours aux grands meetings indoor.
Une cousine en argent de notre médaille centrale
Les divers articles retrouvés à propos de la participation de Séra Martin à cette compétition nous permettent de nous replonger avec délectation dans les premières heures des rencontres internationales...
Commençons par un article de l'Auto-Vélo du tout début de l'année 1931, qui nous annonce la participation de Martin et Keller à une tournée nord-américaine, à laquelle ils ont été invités en qualité de détenteurs de records du monde.
L'Auto-Vélo du 4 janvier 1931, qui annonce le départ de Martin à la fin janvier pour une tournée américaine
On se rend compte que la question du financement est centrale dans une telle aventure et que ce soucis avait probablement empêché que le déplacement n'ait lieu en 1930. Une note dans le Bulletin Officiel de la Fédération Française d'Athlétisme de janvier 1931 vient confirmer que le budget est disponible et que le voyage peut être financé :
On n'entend plus du tout parler de nos héros jusqu'à une dépêche du 13 février, très largement reprise dans la presse, qui nous annonce la facile victoire de Séra Martin sur le 660 yards au Meadowbrook Club of Philadelphia, dans le temps canon de 1 mn 22 sec 4, à peine plus d'une seconde de plus que le record du monde !
Les Dernières Nouvelles de Strasbourg du 16 février 1931, un des très nombreux journaux à relater la victoire
Il est manifeste que notre médaille, si elle n'est pas gravée au nom de Séra Martin, lui a bien été attribuée à cette occasion puisque la date correspond et que l'énigmatique gravure "MEAD. 660" correspond sans aucun doute au 660 yards du Meadowbrook Club de Philadelphie...
Cet article donne des détails assez stupéfiants : Martin s'est en effet approché du record du monde dès sa deuxième course dans le format (qui diffère largement de ce à quoi il est habitué comme nous le verrons par la suite), avec des chaussures qui ne sont pas les siennes !
Un dernier article de l'Auto viendra clôturer la tournée américaine des deux athlètes. Il relate le retour des champions, le 7 mars, soit plus d'un mois après leur départ... C'est certain que dans ce cas, on n'était pas à douze heures près comme le relate le correspondant de l'Auto au Havre.
Enfin, on déniche lors de ces années, deux reportages dédiés à Séraphin Martin à la fois instructifs et touchants signés de plumes prestigieuses (dont Géo André tout de même) du Miroir des Sports... Je les inclus en pièce jointe ci-dessous en espérant qu'ils soient lisibles. Ils évoquent notamment les incroyables conditions de course de ces manifestations indoor américaines : des pistes très courtes, en parquet non relevé avec des virages incroyablement serrés. Quiconque a déjà connu la difficulté de courir sur nos pistes modernes en salle pourtant généralement longues de 200 mètres, en revêtement spécial, et avec des virages relevés, peut se figurer de l'exploit de virer et de réaliser de telles performances dans les conditions de l'époque ! Le journaliste évoque même des cales en bois où les athlètes prenaient appui pour prendre les virages !
Séra Martin et sa coupe glanée à Philadelphie... Nous, on sait qu'il y avait également une médaille à la clef !
Le Miroir des Sports du 5 octobre 1926
Touchant portrait de Séra Martin par Géo André. S'y côtoient les premières heures de l'athlétisme à l'évocation des performances du père de Séraphin, les conditions de son recrutement de l'US Courbevoisienne au Racing, l'émergence des premiers grands clubs qui attiraient déjà les talents grâce à leur structure, les conditions d'entrainement, la conscription militaire qui n'épargnait pas les champions et le destin de Séraphin, qui finira bien sa vie comme ouvrier mécanicien, comme l'avait souhaité son père !
Si on ajoute à cela les conditions des voyages transatlantiques que nous avons vu précédemment, on a tout de même beaucoup de mal à se dire que ces quelques chroniques relatent l'athlétisme tel qu'il était il y a moins d'un siècle !
Parmi les divers objets destinés à la fonte que nous voyons passer, cette belle médaille a attiré notre attention. D'une valeur certaine (près de 2000 € à l'heure où j'écris ces lignes) elle ne paraît pas évidente à identifier de prime abord : rien dans Google concernant un H. Wendling, rémois ou archéologue par exemple...
27,69 grammes d'or, gratouillés par un "professionnel" des métaux précieux (au pied de la colonne)
Une recherche un peu plus fouillée nous permet d'identifier un certain Michel Wendling, sculpteur attaché notamment à la restauration de la cathédrale de Reims, qui jouit d'une certaine notoriété locale et a une page Wikipedia à son nom, où apparait le nom de son fils, Henri Wendling, sculpteur également.
Voilà qui pourrait être notre homme... Que trouve-t-on sur Henri ?
Il est d'abord mentionné au Salon de 1879 où il apparait dans la liste des artistes originaire du département de la Marne qui est dressée par le journal La Champagne :
Henri Wendling présente deux œuvres : la première et la dernière de cette liste habilement tronquée
Il est également encensé dans le journal paroissial de Reims pour sa réfection du portail de la Cathédrale. On nous apprend qu'élève de son père (lui-même disciple d'Eugène Viollet-le-Duc), il a pris sa succession dans l’œuvre de la restauration du monument... En 1900, il invite d'ailleurs les curieux et les Membres de l'Académie Nationale de Reims à une exposition sur place :
On retrouve aussi sa trace lors du compte-rendu de l'appel à projets pour un monument commémoratif de la ville voisine d'Épinal :
La Chronique des Arts nous apprend qu'il fut classé quatrième et se vit attribué une médaille d'argent... Ce n'est donc pas la nôtre !
Son travail apparaît également dans cette liste des sculptures présentes dans les cimetières parisiens :
La Revue de l'art français ancien et moderne de 1897 lui attribue un médaillon du cimetière de Montparnasse
Mais c'est finalement dans le très détaillé Bulletin des Travaux de l'Académie Nationale de Reims de 1900, qui récapitule les actions de cette société durant les 60 années précédentes, qu'on trouve le nom d'Henri Wendling et de son père, tous deux s'étant vus attribués une médaille pour leurs travaux. En or pour Henri, en argent pour Michel... Et dans le domaine de l'Archéologie ! Pas de doute, c'est la nôtre !
Le fiston a fait mieux que le papa sur ce coup
Mieux encore, en plus de nous apprendre que la médaille date de 1888 et qu'elle a été décernée pour récompenser une statue, il nous est indiqué dans quel bulletin en savoir plus (le n°83, page 47). Par chance, tous les bulletins sont archivés à la BNF.
On retrouve donc dans le bulletin de janvier 1887 la mention de la médaille d'or à la page dite :
Et quelques pages plus tôt, tout le détail sur les travaux qui justifient cette récompense, ainsi qu'une explication de la catégorie Histoire - Archéologie dans laquelle elle a été attribuée. Et voilà, les archives ont encore une fois parlé et le relatif anonymat de ce bel objet a été levé. Personnellement, ça me la rend beaucoup plus attachante comme ça plutôt que de la considérer uniquement comme un potentiel lingot de 25 grammes d'or...
Si on a parfois de bonnes surprises en sauvant des médailles de la fonte, on est parfois un peu décontenancé par ce qu'on découvre...
On peut dire que c'est un peu le cas pour la médaille gravée par Daniel Dupuis qui a été utilisée pour le "Prix Camille MATHIS" décerné le 26 juillet 1906 à Renée Donders...
Une bien belle médaille de 28.4 grammes d'or à la gravure soignée... Prometteur
Vu la valeur et le soin apporté à la gravure de cette récompense, j'espérais que Renée Donders fut une célébrité artistique ou scientifique dans un domaine qu'il me restait à déterminer, qui lui aurait valu la remise du prestigieux Prix Camille Mathis.
Malheureusement, mes premières recherches furent assez infructueuse et ce n'est que dans les archives de l'Est Républicain, daté du jour de la remise du prix, que je retrouvai d'un coup la trace de Camille Mathis, de Renée Donders et de la médaille...
Extrait de l'Est Républicain du 26 juillet 1906
Voici donc toute l'histoire : cette médaille en or a été offerte et remise par M. Camille Mathis à Renée Donders pour récompenser son excellente année scolaire de 5ème année (à peu près l'équivalent de la Terminale d'aujourd'hui) au lycée de Filles de Nancy... Certes, c'est bien, mais on est malheureusement assez loin du Prix Nobel.
D'autant plus qu'en cherchant si Renée s'était rendue célèbre par la suite, on ne retrouve malheureusement qu'une seule mention de son nom dans toute la presse de l'époque. Dans un journal de communication du mouvement espérantiste nommé L'Espérantiste, où apparaît Renée Donders dans la liste des membres associés à la Société pour la Propagation de l'Espéranto qu'elle a rejoint en avril 1903 (donc aux alentours de ses 15 ans). On y apprend à cette occasion qu'elle réside au 1, rue de la République à Nancy.
En cherchant à cette adresse durant cette période, on retrouve la trace de la famille de Renée. Son papa, Charles, semble être un notable de Nancy. Il est par exemple membre titulaire de la Société Centrale d'Horticulture de la ville si on en croit l'annuaire de cette association. La notice biographique de Charles Donders nous détaille par le menu son activité professionnelle.
in Dictionnaire biographique illustré de Meurthe-et-Moselle
La maison Donders a participé à l'Exposition Internationale de l'Est de la France de 1909 comme en témoigne son catalogue :
Et pour le plaisir, une "réclame" d'époque...
Voilà, rien de plus... Renée Donders est donc une lycéenne, particulièrement douée, de Nancy. La meilleure de sa promotion en tout cas, et assez éclairée pour pratiquer l'esperanto dès ses 15 ans. Elle était la fille d'un fondeur de cuivre de Nancy... Et cette magnifique médaille en or récompensait donc simplement son excellence. Ça payait de bien travailler à l'école au début du XXème siècle !
Cherchons à présent du côté de généreux donateur, Camille Mathis, qui a laissé son nom à une rue et à un centre d'hébergement et de réinsertion social de Nancy.
Et c'est principalement à l'occasion de son décès, fin 1907, qu'on trouve de nombreux articles à propos de Camille Mathis et particulièrement une demi-page dans l'Est Républicain qui relate dans le détail ses obsèques à Nancy. On y apprend qu'après une carrière où il prospéra en tant que tailleur, il consacra son temps et son bien à diverses œuvres philanthropiques...
Parmi ces œuvres, il semblait particulièrement concerné par l'éducation et c'est dans cette obsession à encourager jeunes garçons et jeunes filles à l'excellence qu'on trouvera l'explication de l'existence de notre médaille...
L'Union Lorraine des œuvres auxiliaires de l'école laïque évoque dans son bulletin de décembre 1906 la perte d'un généreux membre
Un des six discours prononcés aux obsèques de Camille Mathis, où l'on parle (un peu) de notre médaille...
Enfin, en plus de ses généreux engagements au service des autres et de son passage de 1900 à 1904 au Conseil Municipal de Nancy, il y a fort à parier que c'est la succession de Camille Mathis qui lui assurera une petite place dans la postérité... La mise à disposition de la commune de la grande majorité de sa fortune sera en effet reprise et commentée dans de très nombreux journaux locaux, jusqu'à 20 ans après sa mort à l'occasion de la liquidation des derniers biens par la municipalité... C'est l'article ci-dessous, trouvé dans un bulletin spécialisé dans l'immobilier local qui nous a semblé le plus détaillé :
Voila qui explique sans doute l'actuel CHRS Camille-Mathis de Nancy
Voici donc toute l'histoire de cette belle médaille... Malheureusement pour nous, le Prix Camille Mathis n'est pas aussi prestigieux et connu que le Prix Nobel, mais c'est sans doute parce que Camille Mathis a préféré léguer sa fortune au profit immédiat des plus faibles et des nécessiteux plutôt qu'à une fondation qui aurait fait vivre un prix à son nom.
Une rue et un centre social Camille-Mathis, dans sa cité nancéienne chérie, est donc une marque de gratitude bien méritée et je suis heureux que cet article puisse lui aussi contribuer bien modestement à l'entretien de sa mémoire...
Le 27 août 1911, Émile Georget remporte la troisième édition de Paris-Brest-Paris en parcourant les quelques 1200 km de l'épreuve en à peine plus de 50 heures.
La très large couverture médiatique, notamment par le journal l'Auto-Vélo qui organise l'épreuve, met en évidence l'importance de cette course mythique, disputée sur un rythme atypique d'une course tous les dix ans.
Pour cette édition de 1911, la modification du réglement qui interdit toute aide extérieure et particulièrement l'utilisation d'entraineurs (de lièvres), semble avoir joué sur la stratégie des coureurs : la course part sur un rythme très mesuré, les favoris restent en peloton durant les trois-quarts de l'épreuve, la sélection s'effectuant par l'arrière via les incidents mécaniques et défaillances physiques. Et c'est en résistant, à l'économie, aux nombreuses attaques de ses concurrents qu'Émile Georget assure sa victoire et scelle son succès en laissant sur place le dernier rescapé du peloton, le champion de France Octave Lapize, dans la côte de Tillières-sur-Avre (27) à environ 110 km de l'arrivée. Il accentue ensuite progressivement son avantage et arrive au Parc des Princes éreinté avec 21 minutes d'avance sur Lapize.
Arrivée et chronométrage officiel du dernier tour du vélodrome, soumis à prime (Georget n'aura pas la force de la disputer)
Émile Georget félicité par son frère Léon à l'arrivée du Paris-Brest-Paris 1911
Malgré ses protestations, son tour d'honneur est interrompu par ses supporters qui le portent en triomphe
Pourquoi vous raconté-je tout ça ? Et bien parce que parmi les souvenirs de la famille Georget que nous avons acquis, se trouve cet imposant trophée, une grande jardinière et son plateau orné d'un miroir.
Et ce joli centre de table est agrémenté de la plaque suivante qui nous apprend pourquoi un ustensile de cuisine se trouvait dans l'armoire à trophées d'Émile Georget
"A Emile GEORGET en Souvenir de sa Victoire dans PARIS-BREST-PARIS 1911 ses amis Châtelleraudais"
Il ne s'agit certes pas d'une récompense officielle, mais d'un témoignage de l'importance du soutien qu'apportait la communauté sportive châtelleraudaise aux frères Georget. On en trouve d'ailleurs une autre manifestation dans l'Auto-Vélo qui cite les trois dépêches reçues par le journal pour saluer l'exploit de Georget. Toutes trois proviennent de Châtellerault...
Notre jardinière est sans doute dans la continuité de ce mouvement de fierté locale et de soutien à l'enfant du pays et il y a fort à parier qu'elle fut offerte à Georget par le Cyclo Club, la Pédale Châtelleraudaise et/ou les sportmen du Café du Commerce...